Le culte de la bouffe

             Avant de poursuivre mon récit, j’aimerais m’arrêter un instant sur le rapport contradictoire qu’entretiennent les japonais avec la nourriture.

            L’image que l’on a de la culture culinaire de l’archipel est plutôt celle d’une cuisine saine, équilibrée, savoureuse et variée. Les sushis sont en France le must du chic et du bon goût. Doux rêve ! La réalité est tout autre.

          Certes au début on est enchanté par la profusion de nouilles, de tempura, de ravioles, de poissons frits et autres barbecues coréens. Mais rapidement l’omniprésence de produits frits, ou nappés de sauces plus ou moins caramélisées devient oppressante. Impossible de manger le moindre bout de viande non marinée. Croit-on trouver enfin un steak haché que l’on se rend compte qu’il est coupé de je ne sais quelle farce calorique. Un bout de poisson ? Frit ou en sauce. Un morceau de porc ? Pané à l’œuf. Des pâtes ? Baignant dans un jus gras. Et ce n’est pas le riz blanc ou la soupe miso, alibis d’une nourriture sans artifice, qui peuvent réellement rééquilibrer la balance. Les fruits n’existent pas : ils représentent un luxe ! Une salade verte est impossible à trouver, seul l’éternel chou blanc, avec sa vinaigrette sucrée, apporte les bienfaits d’un légume frais.

            Et cette oppression se poursuit dans la rue ! Les effluves émanant des trop nombreux restaurants viennent enivrer nos narines jusqu’à l’écoeurement le plus complet. Quoi de plus difficile à supporter lorsque l’on est déjà barbouillé. Les combini, pleins à craquer de sucreries en tout genre et de boissons colorées, sont loin d’offrir une alternative aux restaurants.

             Comme souvent la télévision se fait l’écho de ce penchant pour la bouffe au sens le plus plein. Des émissions culinaires succèdent à des jeux infâmes ou il faut se gaver pour gagner. Les séries sont elles aussi l’otage de cette culture, où l’on se doit de filmer en gros plan la moindre parcelle de nourriture ingurgitée. Et je ne parle pas de la publicité, ce serait trop facile.

             Une vision loin des clichés habituels. Il faudra tout de même se rappeler que la situation est loin d’être aussi catastrophique dans les familles, où lorsque madame cuisine, l’équilibre alimentaire tend à reprendre le dessus.


Laisser un commentaire