On peut penser, à tort, que l’art du jardin zen est hermétique et compliqué, impalpable pour des non initiés. Le jardin zen du Daisen-in est un magnifique exemple de lyrisme et de romanesque dans cet art ancestral. Situé au nord de la ville, dans le complexe du Daitoku-ji, le Daisen-in et son jardin ne sont qu’une petite partie de l’ensemble. Cela dit, contrairement au Riyoan-ji, les images mises en scène dans ce jardin sont assez explicites, et permettent d’entrevoir l’esprit de la philosophie zen.

Autour du bâtiment carré, richement décoré de magnifiques paravents, se déroule le jardin, en quatre fresques chacune accolées à un coté. Nous nous engageons , pieds nus tel que l’éxige la visite de tous les temples. Le contact du bois et les jeux de lumière, mis en scène par les murs et les toits qui couvrent la promenade, permettent de se plonger dans l’univers du jardin. La première fresque nous conte l’histoire d’un bateau, symbolisé par une grosse pierre, et d’une tortue, dont seul le dos est évoqué par une autre pierre. Alors que le bateau descend le courant, figuré par le parterre travaillé des petits cailloux, la tortue elle semble le remonter. Dualité et complémentarité des points de vue sont représentés dans ce tableau.

On est alors, avec la tortue, amené à traverser une porte symbolique, constituée d’une cloison percée d’une fenêtre. Ce qui nous amène à la deuxième fresque : une véritable cascade minérale. La position des rochers est ainsi travaillée que l’on semble sentir l’eau s’écouler depuis le haut, pour ainsi permettre à la dense végétation de mousse de s’épanouir à ses pieds. Tel le courant de la vie, la rivière minérale, d’abord torrent, vient mourir, fleuve lent et fatigué, dans une mer intérieure faisant la jonction avec la troisième fresque. Celle ci, dépouillé de toute artifice n’a pour fonction que de nous guider vers l’apothéose du jardin, l’immensité de son océan.

Dernier tableau, on y retrouve une mer de caillou soigneusement ratissée en autant de petites vaguelettes. Deux éléments viennent ajouter la dimension méditative de cette espace. Deux monticules de pierre, que j’interprete comme le mystère indéchiffré de la vie écoulée. Et face à cette incompréhension, l’arbre de l’illumination, celui là même qui permit à Bouddha d’atteindre le nirvana. Il est là, comme pour stopper le cycle qui nous ramène en définitive à notre bateau et à notre tortue. Lequel des deux prend le bon chemin, si tenté qu’il y en ai un ? On pourrait ainsi parler des heures de ce jardin, véritable incarnation des questions qui nous assaillent tout au long de notre vie. Chef d’œuvre !